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Droit, technologies & prospectives

interview / Léa PUIGMAL

IA : PROUVER L’INTERVENTION HUMAINE

Droit, technologies & prospectives

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EXPERTISES N°518 - décembre 2025 - IA : PROUVER L’INTERVENTION HUMAINE / Léa PUIGMAL
N°518 – décembre 2025
EXPERTISES N°517 - novembre 2025 - RIA : LE CASSE-TÊTE DE LA MISE EN CONFORMITÉ / Chloé PLÉDEL
N°517 – novembre 2025
EXPERTISES N°516 - octobre 2025 - Nouvelle ouverture de GTLD : Risques et opportunités / Vincent DENOYELLE, Marianne GEORGELIN et Cédric MICHEL-FLANDIN
N°516 – octobre 2025
EXPERTISES N°515 - septembre 2025 - L’impact du numérique sur nos libertés / Pauline Türk
N°515 – septembre 2025
EXPERTISES N°514 - juillet 2025 - CONTRATS LOGICIELS : TOUS CAPTIFS ? / Alexandre DIEHL
N°514 – juillet 2025
EXPERTISES N°513 - juin 2025 - Legal Ops, le COO de la direction juridique / EMILIE CALAME / FELIPE BORGES
N°513 – juin 2025
EXPERTISES N°512 - mai 2025 - CONTREFAÇON DE LOGICIEL À L’ÈRE DE L’IA / Claire BERNIER, Vincent GEOFFRAY et Bruce BONNAURE
N°512 – mai 2025
EXPERTISES N°511 - avril 2025 - Souveraineté numérique : idéal ou réalité ? / Philippe Latombe
N°511 – avril 2025
EXPERTISES N°510 - mars 2025 - LA LIBERTÉ D’EXPRESSION MENACÉE PAR LE RGPD ? / Alexandre FIÉVÉE
N°510 – mars 2025
EXPERTISES N°509 - février 2025 - RÉSOUDRE LES LITIGES DE CRYPTOMONNAIES / Christophe DUGUÉ
N°509 – février 2025
EXPERTISES N°508 - janvier 2025 - L’IAG pour les juristes, Oui mais avec précautions / Yannick Meneceur
N°508 – janvier 2025
EXPERTISES N°507 - décembre 2024 - LE RGPD, UNE AVENTURE LÉGISLATIVE / Jérôme DEROULEZ
N°507 – décembre 2024
EXPERTISES N°506 - novembre 2024 - L’IA POUR LA PRÉVENTION DES RISQUES IT / David FELDMAN
N°506 – novembre 2024
EXPERTISES N°505 - octobre 2024 - UNE IA DE CONFIANCE EST-ELLE POSSIBLE ? / Murielle POPA-FABRE
N°505 – octobre 2024
EXPERTISES N°504 - septembre 2024 - ACCULTURATION DES PME AU RGPD : VERS UNE CONFORMITÉ FACILITÉE / Sophie NERBONNE
N°504 – septembre 2024
EXPERTISES N°503 - juillet 2024 - RELATION CLIENT/FOURNISSEUR, UN DÉSÉQUILIBRE EN ÉVOLUTION / Stéphane LEMARCHAND
N°503 – juillet 2024
EXPERTISES N°502 - juin 2024 - Société à mission, un statut prisé par la Tech / Garance Mathias et François Gorriez
N°502 – juin 2024
EXPERTISES N°501 - mai 2024 - SAINT-GOBAIN : UNE GESTION AGILE DES FLUX TRANSFRONTIERES ET DES DONNEES / Charlène GABILLAT et Emma GOLDITÉ
N°501 – mai 2024
EXPERTISES N°500 - avril 2024 - DROIT DU NUMÉRIQUE : RÉTROSPECTIVE ET PERSPECTIVES / Alain BENSOUSSAN
N°500 – avril 2024
EXPERTISES N°499 - mars 2024 - Extra -                                                                                                                                                                                                                                         Territorialité: menaces et solution / Pierre DESMARAIS
N°499 – mars 2024
EXPERTISES N°498 - février 2024 - Rassurer les assureurs sur la Blockchain / Nicolas Hélénon, Delphine Mercelat, Emmanuel du Ranquet
N°498 – février 2024
EXPERTISES N°497 - janvier 2024 - FiDA, l’open finance qui fait peur à l’assurance / Anne-Sophie Morvan
N°497 – janvier 2024
EXPERTISES N°496 - décembre 2023 - Le droit, créateur d’un marché de la donnée / Marie-Hélène Tonnellier
N°496 – décembre 2023
EXPERTISES N°495 - novembre 2023 - L’Europe de la donnée, malgré les différences / Simon Chignard
N°495 – novembre 2023
EXPERTISES N°494 - octobre 2023 - Se défendre dans la jungle des noms de domaine wEB3 / Matthieu Quiniou
N°494 – octobre 2023
EXPERTISES N°493 - septembre 2023 - RGPD & Droit de la concurrence « Entente » mode d’emploi / Richard Milchior
N°493 – septembre 2023
EXPERTISES N°492 - juillet 2023 - DPO : un métier en souffrance / Bruno RASLE
N°492 – juillet 2023
EXPERTISES N°491 - juin 2023 - L’UE s’investit dans les crypto-actifs / Arnaud Touati
N°491 – juin 2023
EXPERTISES N°490 - mai 2023 - Transhumanisme : un changement de civilisation / Amandine Cayol, Emilie Gaillard et Coline Vuillermet
N°490 – mai 2023
EXPERTISES N°489 - avril 2023 - Anonymiser : une question de gestions de risques / Maryline Laurent
N°489 – avril 2023
EXPERTISES N°488 - mars 2023 - Actifs immatériels : Une valeur encore trop sous-estimée / Sylvie Gamet
N°488 – mars 2023
EXPERTISES N°487 - février 2023 - Flux transatlantique de données : Des progrès mais… / Bradley Joslove
N°487 – février 2023
EXPERTISES N°486 - janvier 2023 - L’intelligence juridique : pour un juriste stratège / Véronique Chapuis-Thuault
N°486 – janvier 2023
EXPERTISES N°485 - décembre 2022 - Les problématiques virtuelles des métavers / Caroline Laverdet
N°485 – décembre 2022
EXPERTISES N°484 - novembre 2022 - BIG DATA DEMATERIALISATION DU REEL / Antoinette Rouvroy
N°484 – novembre 2022
EXPERTISES N°483 - octobre 2022 - Intelligence artificielle : Vers une justice plus sécurisée / Thomas Cassuto
N°483 – octobre 2022
EXPERTISES N°482 - septembre 2022 - MiCA, un règlement qui manque de hauteur / Pierre Storrer
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EXPERTISES N°481 - juillet 2022 - Néobanques, le far west bancaire / Aude Poulain de Saint Père
N°481 – juillet 2022
EXPERTISES N°480 - juin 2022 - Géopolitique du numérique et risque de fragmentation / HENRI VERDIDER
N°480 – juin 2022
EXPERTISES N°479 - mai 2022 - Ransomware : payez la rançon l'assurance rembourse / Valéria FAURE-MUNTIAN
N°479 – mai 2022
EXPERTISES N°478 - avril 2022 - RÉDUIRE LA POLLUTION DU NUMÉRIQUE : UNE LOI PIONNIÈRE / Patrick CHAIZE et Frédéric BORDAGE
N°478 – avril 2022
EXPERTISES N°477 - mars 2022 - LE CASSE-TETE DE LA FISCALITE DES CRYPTO-MONNAIES / Frédéric poilpré
N°477 – mars 2022
EXPERTISES N°476 - février 2022 - Véhicule connecté : l'enjeu des données / Romain Perray
N°476 – février 2022
EXPERTISES N°475 - janvier 2022 - DROIT DU LOGICIEL : ETAT DES LIEUX / Bernard LAMON
N°475 – janvier 2022
EXPERTISES N°474 - décembre 2021 - Open data judiciaire : Un lancement prudent / Estelle Jond-Necand
N°474 – décembre 2021
EXPERTISES N°473 - novembre 2021 - La data au cœur des investigations internes / Jean-Julien Lemonnier
N°473 – novembre 2021
EXPERTISES N°472 - octobre 2021 - ROMAIN DARRIERE / INFLUENCEURS VERS LA MATURITÉ
N°472 – octobre 2021
EXPERTISES N°471 - septembre 2021 - ENTENTES ALGORITHMIQUES / NATASHA TARDIF
N°471 – septembre 2021
EXPERTISES N°470 - juillet 2021 - Brevets IA : les écueils à éviter / Mathias Robert
N°470 – juillet 2021
EXPERTISES N°469 - juin 2021 - IA : POUR UN DROIT DE RUPTURE / ALAIN BENSOUSSAN
N°469 – juin 2021
EXPERTISES N°468 - mai 2021 - Néoassurance, un modèle qui émerge / Christophe Dandois
N°468 – mai 2021
EXPERTISES N°467 - mars 2021 - Humain / machine : la nouvelle division du travail juridique / Olivier CHADUTEAU
N°467 – mars 2021
EXPERTISES N°466 - mars 2021 - DSA/DMA : CHANGEMENT DANS LA CONTINUITÉ / ANNE COUSIN ET JEAN-MATHIEU COT
N°466 – mars 2021
EXPERTISES N°465 - février 2021 - CMP : UN PASSEUR DE CONSENTEMENT / Romain BESSUGES-MEUSY
N°465 – février 2021
EXPERTISES N°464 - janvier 2021 - L’expertise-conciliation : pacifier les litiges / Fabien CLEUET et François-Pierre LANI
N°464 – janvier 2021
EXPERTISES N°463 - décembre 2020 - Matching prédictif un recrutement biaisé / Stéphanie Lecerf
N°463 – décembre 2020
EXPERTISES N°462 - novembre 2020 - La révolution open banking / Thibault Verbiest
N°462 – novembre 2020
EXPERTISES N°461 - octobre 2020 - IA en procès / Yannick Meneceur
N°461 – octobre 2020
EXPERTISES N°460 - septembre 2020 - Smart city : intérêt général by design / Jacques Priol
N°460 – septembre 2020
EXPERTISES N°459 - juillet 2020 - Transmettre l'immatériel / David Ayache
N°459 – juillet 2020
EXPERTISES N°458 - juin 2020 - Les racines de notre dépendance technologique / Christian HARBULOT
N°458 – juin 2020
EXPERTISES N°457 - mai 2020 - Covid 19 & données personnelles<br>De la défiance à la confiance / Yann Padova » title= »EXPERTISES N°457 – mai 2020 – Covid 19 & données personnelles<br>De la défiance à la confiance / Yann Padova » description= »EXPERTISES N°457 – mai 2020-  Covid 19 & données personnelles<br>De la défiance à la confiance / Yann Padova »></div>
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EXPERTISES N°456 - avril 2020 - Pour l’ouverture<br>des données privées / Laurent Lafaye » title= »EXPERTISES N°456 – avril 2020 – Pour l’ouverture<br>des données privées / Laurent Lafaye » description= »EXPERTISES N°456 – avril 2020-  Pour l’ouverture<br>des données privées / Laurent Lafaye »></div>
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EXPERTISES N°455 - mars 2020 - Profilage :<br> pratiques & parades / Cédric Lauradoux » title= »EXPERTISES N°455 – mars 2020 – Profilage :<br> pratiques & parades / Cédric Lauradoux » description= »EXPERTISES N°455 – mars 2020-  Profilage :<br> pratiques & parades / Cédric Lauradoux »></div>
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EXPERTISES N°454 - février 2020 - La robustesse de<br>la PI face A l’IA / Franck Macrez » title= »EXPERTISES N°454 – février 2020 – La robustesse de<br>la PI face A l’IA / Franck Macrez » description= »EXPERTISES N°454 – février 2020-  La robustesse de<br>la PI face A l’IA / Franck Macrez »></div>
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EXPERTISES N°453 - janvier 2020 - RGPD : une révolution dans la continuité / Ariane MOLE
N°453 – janvier 2020
EXPERTISES N°452 - décembre 2019 - le droit de<br>la compliance<br>pour réguler l’internet / Marie-Anne Frison-Roche » title= »EXPERTISES N°452 – décembre 2019 – le droit de<br>la compliance<br>pour réguler l’internet / Marie-Anne Frison-Roche » description= »EXPERTISES N°452 – décembre 2019-  le droit de<br>la compliance<br>pour réguler l’internet / Marie-Anne Frison-Roche »></div>
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EXPERTISES N°451 - novembre 2019 - Data brokers :</br>le trou noir</br>des données personnelles / Antoine Dubus » title= »EXPERTISES N°451 – novembre 2019 – Data brokers :</br>le trou noir</br>des données personnelles / Antoine Dubus » description= »EXPERTISES N°451 – novembre 2019-  Data brokers :</br>le trou noir</br>des données personnelles / Antoine Dubus »></div>
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EXPERTISES N°450 - octobre 2019 - Numérique :<br>le défi fiscal / Frédéric Douet » title= »EXPERTISES N°450 – octobre 2019 – Numérique :<br>le défi fiscal / Frédéric Douet » description= »EXPERTISES N°450 – octobre 2019-  Numérique :<br>le défi fiscal / Frédéric Douet »></div>
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EXPERTISES N°449 - septembre 2019 - L'impérialisme<br>juridique / Olivier de Maison Rouge » title= »EXPERTISES N°449 – septembre 2019 – L’impérialisme<br>juridique / Olivier de Maison Rouge » description= »EXPERTISES N°449 – septembre 2019-  L’impérialisme<br>juridique / Olivier de Maison Rouge »></div>
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EXPERTISES N°448 - juillet 2019 - DPO : un métier<br>qui s’installe / Paul Olivier Gibert » title= »EXPERTISES N°448 – juillet 2019 – DPO : un métier<br>qui s’installe / Paul Olivier Gibert » description= »EXPERTISES N°448 – juillet 2019-  DPO : un métier<br>qui s’installe / Paul Olivier Gibert »></div>
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EXPERTISES N°447 - juin 2019 - Le RGPD : du droit sans vision stratégique / Julien Nocetti
N°447 – juin 2019
EXPERTISES N°446 - mai 2019 - IGN : la gratuitE des données en question / Marie Pisan
N°446 – mai 2019
EXPERTISES N°445 - avril 2019 - Nom de domaine un actif et des risques / Nathalie Dreyfus
N°445 – avril 2019
EXPERTISES N°444 - mars 2019 - Les logiciels libres, un modèle mature / Benjamin Jean
N°444 – mars 2019
EXPERTISES N°443 - février 2019 - Résister à la gouvernance algorithmique / François Pellegrini
N°443 – février 2019
EXPERTISES N°442 - janvier 2019 - Anticiper sa survie numérique au-delà de sa mort / Mathieu Fontaine
N°442 – janvier 2019
EXPERTISES N°441 - décembre 2018 - Intelligence artificielle et médecine quelle éthique pour demain ? / David Gruson
N°441 – décembre 2018
EXPERTISES N°440 - novembre 2018 - Blockchain AS A SERVICE Démocratisation de la blockchain ? / Marc-Antoine Ledieu
N°440 – novembre 2018
EXPERTISES N°439 - octobre 2018 - Nathalie Nevejans / Nathalie Nevejans
N°439 – octobre 2018
EXPERTISES N°438 - septembre 2018 - Pour la médiation judiciaire en  propriété  intellectuelle / Françoise Barutel Naulleau
N°438 – septembre 2018
EXPERTISES N°437 - juillet 2018 - Science-fiction : quand l’imaginaire devient source de droit / Fabrice Defferrard
N°437 – juillet 2018
EXPERTISES N°436 - juin 2018 - CONTRATS, Accès indirects & coûts cachés : SAP BRISE LA GLACE AVEC Ses utilisateurs / Gianmaria Perancin
N°436 – juin 2018
EXPERTISES N°435 - mai 2018 - L’innovation prédatrice Un nouveau défi pour le droit de la concurrence / Thibault Schrepel
N°435 – mai 2018
EXPERTISES N°434 - avril 2018 - LES données LA NOUVELLE INGENIéRIE  DU POUVOIR / Adrien Basdevant
N°434 – avril 2018
EXPERTISES N°433 - mars 2018 - L’open data de la jurisprudence : Le casse-tête de l’anonymisation / Loïc Cadiet
N°433 – mars 2018
EXPERTISES N°432 - février 2018 - RGPD : vers un futur standard global / Max Schrems
N°432 – février 2018
EXPERTISES N°431 - janvier 2018 - L’angoisse du RGPD la Cnil rassure / Jean Lessi
N°431 – janvier 2018
EXPERTISES des systèmes d’informationdécembre 2025 – N°518

L'édito du mois

Reconquête

Du jour au lendemain, on peut se retrouver banni de l’espace numérique. C’est ce qui est arrivé à Nicolas Guillou, juge français de la Cour pénale internationale (CPI) depuis 2024, présidant la Chambre préliminaire I sur la situation à Gaza. Il est, en effet, visé par un décret présidentiel de Donald Trump du 21 août 2025, pour avoir « autorisé l’émission par la CPI de mandats d’arrêt contre le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, et le ministre de la Défense, Yoav Gallant ». La juge canadienne et deux procureurs adjoints sont également visés par ces sanctions.
Lors du congrès de l’ Union Syndicale des Magistrats, le 10 octobre 2025, Nicolas Guillou est venu témoigner de sa mise sous sanctions par les États-Unis, dans le cadre de la réglementation sur la lutte anti-terroriste ou contre le crime organisé. Il a expliqué que « ces sanctions, et c’est le cœur de leur mécanisme, elles interdisent à toute personne physique ou morale américaine, y compris leurs filiales à l’étranger, de fournir des services à une personne sous sanctions, que ce soit à titre onéreux ou à titre gratuit ». Elles impactent ainsi la vie quotidienne, en lui interdisant l’usage de nombreux services numériques. Par exemple, le juge français raconte qu’il n’a plus accès aux plateformes américaines comme AirBnB, Amazon ou aux réseaux sociaux car les comptes sont bloqués. Aussi des banques non américaines ferment des comptes, « y compris dans la zone euro ». Il ne peut plus utiliser une carte bancaire Visa ou Mastercard.
Ces sanctions sont un révélateur de la faiblesse de la souveraineté européenne. Pour la renforcer, Nicolas Guillou a appelé à faire évoluer notre droit, à développer des outils pour limiter l’extraterritorialité des sanctions étrangères et à assouplir les conditions de la mise en œuvre du système européen de blocage. Leurs conséquences sont particulièrement édifiantes quant à notre dépendance numérique. Cela fait longtemps que les discours s’en font l’écho sans toutefois agir. Il a fallu la politique agressive de Donald Trump à l’égard de l’Europe pour susciter une réelle prise de conscience. S’en est suivi le rapport de Mario Draghi sur « l’avenir dans la compétitivité européenne » qui expliquait que « l’UE dépend de pays étrangers pour plus de 80 % de ses produits, services, infrastructures et propriété intellectuelle numériques ». Pour en sortir, il préconisait des investissements massifs dans les technologies et un allègement conséquent de la règlementation.
La confiance des Européens centrée sur l’idée que l’UE pouvait être le modèle mondial en matière de règlementation et de gouvernance de l’internet a été ébranlée. Aujourd’hui, rares sont ceux qui croient encore en « l’effet Bruxelles », doctrine qui a influencé toute une génération de juristes et de décideurs politiques. En revanche, l’onde de choc provoquée par le rapport Draghi commence à produire ses effets. Le 19 novembre dernier, la Commission européenne a présenté un nouveau paquet de mesures dites « omnibus » dans le domaine du numérique visant à simplifier le règlement sur l’intelligence artificielle et le RGPD. Lors du sommet de Berlin du 18 novembre dernier sur la souveraineté numérique européenne, Emmanuel Macron et Friedrich Merz ont eux aussi appelé à assouplir les règles européennes sur le numérique pour favoriser l’innovation.
Pour sortir de notre dépendance technologique à l’égard des Etats-Unis mais aussi de la Chine sans toutefois renier notre socle de valeurs, il nous reste à inventer une voie alternative et respectueuse des droits de l’internet tout en orientant nos efforts vers la création technologique. À suivre.

Le focus du mois

Brevets

Pas de legal privilege pour les PQPI

Alors que les juristes d’entreprise sont proches d’obtenir la reconnaissance de la confidentialité de leurs avis, les personnes qualifiées en propriété industrielle (PQPI), des conseils en PI salariés d’entreprise innovante, sont exclues du champ de la proposition de loi alors que leurs consultations comportent des données sensibles qui peuvent être saisies.

Depuis 25 ans, les personnes qualifiées en propriété industrielle (PQPI) délivrent leurs avis et consultations à leur direction oralement afin de ne pas laisser des traces écrites qui pourraient être récupérées par la concurrence. La cause d’une telle méfiance : une décision américaine du 27 avril 1999 qui avait ordonné une procédure de discovery à l’encontre de Rhône-Poulenc. Le juge avait refusé de reconnaître la confidentialité des consultations juridiques sur la validité d’un brevet de l’entreprise française rédigées par un PQPI et avait estimé que ses écrits devaient être saisis. Dans le contexte actuel de guerre économique et de concurrence en matière d’innovation, le manque de protection des PQPI représente un risque pour les entreprises et les centres de recherche français.
On connaît la problématique de la protection des consultations des juristes d’entreprise qui a fait l’objet de deux propositions de loi : l’une déposée par le sénateur Louis Vogel le 17 novembre 2023, l’autre par le député Jean Terlier le 21 décembre 2023. Ces textes proposent une protection attachée au document et non à la personne du juriste d’entreprise. À l’occasion des débats parlementaires, le sénateur Ronan Le Gleut avait introduit un amendement en faveur des PQPI invoquant le fait que les brevets d’invention touchent à la compétitivité de nos entreprises. Mais Éric Dupond-Moretti, à l’époque Garde des sceaux, avait émis un avis défavorable. Il avait expliqué que « l’objet du texte est de garantir la confidentialité des consultations juridiques des juristes d’entreprise, dont presque tout le monde sait qui ils sont. (Sourires). La confidentialité est attachée au document, non à la personne. Les conseillers en propriété industrielle ne sauraient se voir étendre le bénéfice de la confidentialité au seul motif de leur activité réglementée ».
Si le métier de juriste d’entreprise est clairement appréhendé, la fonction de personne qualifiée en propriété industrielle n’est connue que des initiés. Les PQPI forment une même profession avec les conseils en propriété industrielle : ils ont les mêmes formations, les mêmes qualifications, sont inscrits sur la liste des PQPI de l’Inpi (Institut national de la propriété industrielle). La reconnaissance officielle de la qualification de ces experts est obtenue après un examen organisé par l’Inpi. Pour s’y inscrire, il faut justifier d’au moins trois ans de pratique sous la responsabilité d’une personne qualifiée et être titulaire d’un master en propriété industrielle pour les juristes et pour les ingénieurs : posséder un diplôme national de deuxième cycle scientifique ou technique, ainsi que le diplôme universitaire du Ceipi (Centre d’études internationales de la propriété intellectuelle) de l’université de droit de Strasbourg. Seul le mode d’exercice de la profession change, en entreprise en tant que salarié pour les PQPI ou en cabinet avec un statut indépendant pour les CPI. Et seuls ces derniers bénéficient de la confidentialité de leurs consultations. Pourtant les personnes qualifiées devant l’Inpi bénéficient d’ores et déjà de deux privilèges en tant que mandataire agréé près de l’Office européen des brevets et en tant que représentant devant la Juridiction unifiée du brevet (JUB).
Les PQPI en brevets n’ont pas de master de droit, condition figurant dans la proposition de loi relative à la reconnaissance du legal privilege des juristes d’entreprise, ce qui exclut cette profession du champ du texte. Pourtant le caractère juridique de leurs consultations est incontestable. Comme l’indique le plaidoyer « Pour une propriété industrielle réarmée » de l’Association française des spécialistes en propriété industrielle de l’industrie (ASPI), « ces consultations répondent à de nombreuses questions juridiques sensibles. On cite notamment les risques de contrefaçon, la liberté d’exploitation, la validité d’un projet ou d’un actif de propriété industrielle, l’identification d’un inventeur, la gestion des précontentieux puis des contentieux confiés aux avocats, les activités de due diligence, les activités d’acquisition, cession ou prise de licence relatives à des actifs de propriété industrielle et autres aspects contractuels. Ces consultations, qui nécessitent un accès à des données d’innovation ultra confidentielles, sont essentielles pour sécuriser les projets innovants de l’entreprise ». Géraldine Guéry-Jacques, présidente de l’ASPI et elle-même PQPI au sein d’un groupe d’électro-ménager, précise : « On intervient très tôt dans les projets sur les innovations pour analyser si c’est brevetable, on décrit l’invention de façon très détaillée pour rendre une conclusion et une recommandation juridique. Cela comporte des données scientifiques et juridiques sur les innovations qui sont confidentielles mais aussi des données économiques, sur les pays où on peut les fabriquer, les commercialiser puisque les brevets sont territoriaux. C’est la raison pour laquelle on revendique la traçabilité de nos avis. Les personnels changent et il faut assurer le suivi ».
Les avis des ingénieurs brevets com-
portent donc des données extrêmement sensibles pour l’entreprise, et s’ils sont consignés par écrit, ils peuvent être divulgués à la partie adverse lors d’une mesure d’instruction française (art. 145 du CPC ou saisie-contrefaçon), européenne ou américaine (discovery). Les Etats-Unis, l’Allemagne ou le Royaume-Uni, quant à eux, protègent la confidentialité de telles consultations d’entreprise. Le problème se pose aussi dans un contexte européen. Par exemple dans un litige sur un brevet allemand, les écrits d’un PQPI allemand ne pourront pas être saisis alors que ce dernier pourra obtenir les consultations de son homologue français dans le cadre d’une saisie-contrefaçon.
Depuis la proposition de loi pour les juristes d’entreprise, l’Aspi milite pour une protection des écrits des PQPI, une profession qui compte environ un millier de personnes et plaide pour une loi ad hoc. « L’idéal serait que cela passe par un amendement du gouvernement », déclare Géraldine Guéry-Jacques. Au printemps dernier, l’Aspi a rédigé un plaidoyer et sa présidente est allée voir les institutions concernées : l’Inpi, la CNCPI, l’Unifab, l’Apram, le Medef, la direction générale des entreprises à Bercy. La proposition n’a rencontré aucune opposition. De plus, cette question s’inscrit dans un contexte géopolitique tendu. Le ministère de la Défense a ainsi remis à jour sa Revue nationale stratégique et a ajouté un 11ème objectif, celui de la défense de l’innovation et la protection contre les mesures extraterritoriales dans le cadre de la guerre. Il ne reste plus qu’à attendre le moment favorable pour faire adopter une telle mesure.

par Sylvie Rozenfeld

L'invité du mois

Interview / Léa Puigmal

par Sylvie Rozenfeld

IA : prouver l’intervention humaine

L’intelligence artificielle a transformé de manière radicale le processus de création de contenus par les agences digitales. Cela induit des conséquences sur la protection par le droit d’auteur qui suppose une intervention humaine dans le processus de création. Léa Puigmal, avocate, apporte des éclairages sur les questions de savoir comment déterminer qu’une œuvre créée avec le recours d’outils d’IA est le fruit d’une personne, comment apporter la preuve de la traçabilité dans le processus créatif, avec quelles techniques probatoires utiliser et sur la manière de réduire le risque de contentieux.

Sylvie Rozenfeld : Le recours à l’IA par les agences digitales et par les entreprises en interne, pour la production de contenus aussi divers qu’une campagne de publicité ou de marketing, des supports de communication, des articles, des rapports, etc., s’est généralisé. Cette transformation radicale des modes de création a un impact sur la gestion des droits d’auteur. Elle expose au risque de contrefaçon les organisations tant les prestataires que leurs clients mais aussi les entreprises dont les productions sont réalisées par des services en interne. Comment gérer ce risque ? Léa Puigmal, vous êtes avocate et vous avez travaillé en agence de transformation digitale. À quel point utilise-t-on les outils d’IA pour automatiser certaines tâches créatives et productives ? Plus précisément quels sont les cas d’usage les plus fréquents ?

Léa Puigmal : Les agences digitales utilisent l’IA pour les réflexions créatives, les maquettes, la génération de contenus comme les logos, les marques, les articles, les images ou les vidéos, par exemple pour la réalisation d’un film ou d’une campagne publicitaire pour un client. L’IA intervient donc à tous les stades du processus pour assister le créatif, que ce soit pour chercher des idées, générer des contenus, les retravailler, les intégrer dans un livrable plus global. Il faut distinguer deux situations. D’un côté, l’IA est un outil qui va être utilisé comme un assistant au service de la création, et d’un autre côté l’IA peut être génératrice de contenus. Dans les deux cas, il y aura des impacts juridiques.

Quel est l’impact sur le droit d’auteur ?
La protection d’une œuvre par le droit d’auteur suppose une intervention humaine dans le processus de création, un contenu purement généré par une IA ne bénéficiant pas d’une protection. Il faut revenir à la condition de l’originalité du droit d’auteur qui est quelque peu bouleversée avec la création d’œuvres assistées par l’IA. En France, nous avons une vision personnaliste de l’auteur qui implique la nécessité d’une intervention humaine dans la création d’une œuvre. Il y a cependant eu des adaptations de la jurisprudence qui prenaient en compte les évolutions technologiques, avec le logiciel notamment. Néanmoins, la titularité des droits d’auteur revient nécessairement à un humain. Pour démontrer qu’une œuvre est originale, il faut démontrer l’empreinte de la personnalité de son auteur et donc toutes les interventions humaines qui ont conduit à générer une image.

Comment faire la démonstration
de cette intervention humaine ?
Le nerf de la guerre pour les agences créatives va être de pouvoir démontrer l’intervention humaine dans le processus créatif. La traçabilité de ce processus va être essentielle pour valoriser le travail humain en vue de sa protection par le droit d’auteur et de la cession des droits au client, en évitant tout risque de contrefaçon ultérieure. En droit d’auteur, la preuve est libre. Pour caractériser l’intervention humaine, il faut donc conserver les briefs, les demandes du client, la réponse de l’agence créative, la direction artistique avec tous les choix qui vont en découler comme les choix de couleurs, d’identités visuelles qui vont pouvoir démontrer cette intervention humaine. Avec le recours à l’IA, il va falloir en plus attester que cette intervention humaine est substantielle. Pour cela, il est conseillé de conserver tous les éléments que j’ai cités mais aussi les prompts ainsi que tout le travail de post-production, à savoir l’agencement, la structuration des différents éléments d’une campagne, le traitement des éléments d’une image générés par une IA. La traçabilité du processus créatif va permettre de démontrer la part humaine dans un travail créatif. Certaines jurisprudences étrangères nous donnent des éléments pour la qualifier.

À quelle jurisprudence pensez-vous ?
Je pense en particulier à la décision américaine « Invoke IA / A single piece of American cheese » du U.S. Copyright Office (USCO) qui précise les éléments retenus pour accorder l’enregistrement d’un copyright à une œuvre générée par la collaboration homme / IA. Parmi ces éléments pour démontrer l’intervention humaine substantielle dans le processus créatif, l’USCO retient les prompts, preuve du travail de l’image avec une technologie appelée « inpainting » (ou retouche d’image) qui consiste à sélectionner une partie de l’image générée par l’IA et, à l’aide de plusieurs prompts, en l’espèce 35 demandes à l’IA, à retravailler une partie seulement de cette image. On voit bien que tous les éléments du processus créatif vont être essentiels pour démontrer cette part substantielle d’intervention humaine, et donc pour une pr…

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