Expertises
Droit, technologies & prospectives

interview / Denis Berthault

La fin de l'open data heureux

Droit, technologies & prospectives

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EXPERTISES N°522 - avril 2026 - La fin de l'open data heureux / Denis Berthault
N°522 – avril 2026
EXPERTISES N°521 - mars 2026 - La preuve de la manipulation par l'économie comportementale / Dorian Beauchêne
N°521 – mars 2026
EXPERTISES N°520 - février 2026 - Quand la Justice hallucine… / Damien Charlotin
N°520 – février 2026
EXPERTISES N°519 - janvier 2026 - Manipulation sur les réseaux sociaux - Les limites du droit / Thibault du Manoir de Juaye
N°519 – janvier 2026
EXPERTISES N°518 - décembre 2025 - IA : PROUVER L’INTERVENTION HUMAINE / Léa PUIGMAL
N°518 – décembre 2025
EXPERTISES N°517 - novembre 2025 - RIA : LE CASSE-TÊTE DE LA MISE EN CONFORMITÉ / Chloé PLÉDEL
N°517 – novembre 2025
EXPERTISES N°516 - octobre 2025 - Nouvelle ouverture de GTLD : Risques et opportunités / Vincent DENOYELLE, Marianne GEORGELIN et Cédric MICHEL-FLANDIN
N°516 – octobre 2025
EXPERTISES N°515 - septembre 2025 - L’impact du numérique sur nos libertés / Pauline Türk
N°515 – septembre 2025
EXPERTISES N°514 - juillet 2025 - CONTRATS LOGICIELS : TOUS CAPTIFS ? / Alexandre DIEHL
N°514 – juillet 2025
EXPERTISES N°513 - juin 2025 - Legal Ops, le COO de la direction juridique / EMILIE CALAME / FELIPE BORGES
N°513 – juin 2025
EXPERTISES N°512 - mai 2025 - CONTREFAÇON DE LOGICIEL À L’ÈRE DE L’IA / Claire BERNIER, Vincent GEOFFRAY et Bruce BONNAURE
N°512 – mai 2025
EXPERTISES N°511 - avril 2025 - Souveraineté numérique : idéal ou réalité ? / Philippe Latombe
N°511 – avril 2025
EXPERTISES N°510 - mars 2025 - LA LIBERTÉ D’EXPRESSION MENACÉE PAR LE RGPD ? / Alexandre FIÉVÉE
N°510 – mars 2025
EXPERTISES N°509 - février 2025 - RÉSOUDRE LES LITIGES DE CRYPTOMONNAIES / Christophe DUGUÉ
N°509 – février 2025
EXPERTISES N°508 - janvier 2025 - L’IAG pour les juristes, Oui mais avec précautions / Yannick Meneceur
N°508 – janvier 2025
EXPERTISES N°507 - décembre 2024 - LE RGPD, UNE AVENTURE LÉGISLATIVE / Jérôme DEROULEZ
N°507 – décembre 2024
EXPERTISES N°506 - novembre 2024 - L’IA POUR LA PRÉVENTION DES RISQUES IT / David FELDMAN
N°506 – novembre 2024
EXPERTISES N°505 - octobre 2024 - UNE IA DE CONFIANCE EST-ELLE POSSIBLE ? / Murielle POPA-FABRE
N°505 – octobre 2024
EXPERTISES N°504 - septembre 2024 - ACCULTURATION DES PME AU RGPD : VERS UNE CONFORMITÉ FACILITÉE / Sophie NERBONNE
N°504 – septembre 2024
EXPERTISES N°503 - juillet 2024 - RELATION CLIENT/FOURNISSEUR, UN DÉSÉQUILIBRE EN ÉVOLUTION / Stéphane LEMARCHAND
N°503 – juillet 2024
EXPERTISES N°502 - juin 2024 - Société à mission, un statut prisé par la Tech / Garance Mathias et François Gorriez
N°502 – juin 2024
EXPERTISES N°501 - mai 2024 - SAINT-GOBAIN : UNE GESTION AGILE DES FLUX TRANSFRONTIERES ET DES DONNEES / Charlène GABILLAT et Emma GOLDITÉ
N°501 – mai 2024
EXPERTISES N°500 - avril 2024 - DROIT DU NUMÉRIQUE : RÉTROSPECTIVE ET PERSPECTIVES / Alain BENSOUSSAN
N°500 – avril 2024
EXPERTISES N°499 - mars 2024 - Extra -                                                                                                                                                                                                                                         Territorialité: menaces et solution / Pierre DESMARAIS
N°499 – mars 2024
EXPERTISES N°498 - février 2024 - Rassurer les assureurs sur la Blockchain / Nicolas Hélénon, Delphine Mercelat, Emmanuel du Ranquet
N°498 – février 2024
EXPERTISES N°497 - janvier 2024 - FiDA, l’open finance qui fait peur à l’assurance / Anne-Sophie Morvan
N°497 – janvier 2024
EXPERTISES N°496 - décembre 2023 - Le droit, créateur d’un marché de la donnée / Marie-Hélène Tonnellier
N°496 – décembre 2023
EXPERTISES N°495 - novembre 2023 - L’Europe de la donnée, malgré les différences / Simon Chignard
N°495 – novembre 2023
EXPERTISES N°494 - octobre 2023 - Se défendre dans la jungle des noms de domaine wEB3 / Matthieu Quiniou
N°494 – octobre 2023
EXPERTISES N°493 - septembre 2023 - RGPD & Droit de la concurrence « Entente » mode d’emploi / Richard Milchior
N°493 – septembre 2023
EXPERTISES N°492 - juillet 2023 - DPO : un métier en souffrance / Bruno RASLE
N°492 – juillet 2023
EXPERTISES N°491 - juin 2023 - L’UE s’investit dans les crypto-actifs / Arnaud Touati
N°491 – juin 2023
EXPERTISES N°490 - mai 2023 - Transhumanisme : un changement de civilisation / Amandine Cayol, Emilie Gaillard et Coline Vuillermet
N°490 – mai 2023
EXPERTISES N°489 - avril 2023 - Anonymiser : une question de gestions de risques / Maryline Laurent
N°489 – avril 2023
EXPERTISES N°488 - mars 2023 - Actifs immatériels : Une valeur encore trop sous-estimée / Sylvie Gamet
N°488 – mars 2023
EXPERTISES N°487 - février 2023 - Flux transatlantique de données : Des progrès mais… / Bradley Joslove
N°487 – février 2023
EXPERTISES N°486 - janvier 2023 - L’intelligence juridique : pour un juriste stratège / Véronique Chapuis-Thuault
N°486 – janvier 2023
EXPERTISES N°485 - décembre 2022 - Les problématiques virtuelles des métavers / Caroline Laverdet
N°485 – décembre 2022
EXPERTISES N°484 - novembre 2022 - BIG DATA DEMATERIALISATION DU REEL / Antoinette Rouvroy
N°484 – novembre 2022
EXPERTISES N°483 - octobre 2022 - Intelligence artificielle : Vers une justice plus sécurisée / Thomas Cassuto
N°483 – octobre 2022
EXPERTISES N°482 - septembre 2022 - MiCA, un règlement qui manque de hauteur / Pierre Storrer
N°482 – septembre 2022
EXPERTISES N°481 - juillet 2022 - Néobanques, le far west bancaire / Aude Poulain de Saint Père
N°481 – juillet 2022
EXPERTISES N°480 - juin 2022 - Géopolitique du numérique et risque de fragmentation / HENRI VERDIDER
N°480 – juin 2022
EXPERTISES N°479 - mai 2022 - Ransomware : payez la rançon l'assurance rembourse / Valéria FAURE-MUNTIAN
N°479 – mai 2022
EXPERTISES N°478 - avril 2022 - RÉDUIRE LA POLLUTION DU NUMÉRIQUE : UNE LOI PIONNIÈRE / Patrick CHAIZE et Frédéric BORDAGE
N°478 – avril 2022
EXPERTISES N°477 - mars 2022 - LE CASSE-TETE DE LA FISCALITE DES CRYPTO-MONNAIES / Frédéric poilpré
N°477 – mars 2022
EXPERTISES N°476 - février 2022 - Véhicule connecté : l'enjeu des données / Romain Perray
N°476 – février 2022
EXPERTISES N°475 - janvier 2022 - DROIT DU LOGICIEL : ETAT DES LIEUX / Bernard LAMON
N°475 – janvier 2022
EXPERTISES N°474 - décembre 2021 - Open data judiciaire : Un lancement prudent / Estelle Jond-Necand
N°474 – décembre 2021
EXPERTISES N°473 - novembre 2021 - La data au cœur des investigations internes / Jean-Julien Lemonnier
N°473 – novembre 2021
EXPERTISES N°472 - octobre 2021 - ROMAIN DARRIERE / INFLUENCEURS VERS LA MATURITÉ
N°472 – octobre 2021
EXPERTISES N°471 - septembre 2021 - ENTENTES ALGORITHMIQUES / NATASHA TARDIF
N°471 – septembre 2021
EXPERTISES N°470 - juillet 2021 - Brevets IA : les écueils à éviter / Mathias Robert
N°470 – juillet 2021
EXPERTISES N°469 - juin 2021 - IA : POUR UN DROIT DE RUPTURE / ALAIN BENSOUSSAN
N°469 – juin 2021
EXPERTISES N°468 - mai 2021 - Néoassurance, un modèle qui émerge / Christophe Dandois
N°468 – mai 2021
EXPERTISES N°467 - mars 2021 - Humain / machine : la nouvelle division du travail juridique / Olivier CHADUTEAU
N°467 – mars 2021
EXPERTISES N°466 - mars 2021 - DSA/DMA : CHANGEMENT DANS LA CONTINUITÉ / ANNE COUSIN ET JEAN-MATHIEU COT
N°466 – mars 2021
EXPERTISES N°465 - février 2021 - CMP : UN PASSEUR DE CONSENTEMENT / Romain BESSUGES-MEUSY
N°465 – février 2021
EXPERTISES N°464 - janvier 2021 - L’expertise-conciliation : pacifier les litiges / Fabien CLEUET et François-Pierre LANI
N°464 – janvier 2021
EXPERTISES N°463 - décembre 2020 - Matching prédictif un recrutement biaisé / Stéphanie Lecerf
N°463 – décembre 2020
EXPERTISES N°462 - novembre 2020 - La révolution open banking / Thibault Verbiest
N°462 – novembre 2020
EXPERTISES N°461 - octobre 2020 - IA en procès / Yannick Meneceur
N°461 – octobre 2020
EXPERTISES N°460 - septembre 2020 - Smart city : intérêt général by design / Jacques Priol
N°460 – septembre 2020
EXPERTISES N°459 - juillet 2020 - Transmettre l'immatériel / David Ayache
N°459 – juillet 2020
EXPERTISES N°458 - juin 2020 - Les racines de notre dépendance technologique / Christian HARBULOT
N°458 – juin 2020
EXPERTISES N°457 - mai 2020 - Covid 19 & données personnelles<br>De la défiance à la confiance / Yann Padova » title= »EXPERTISES N°457 – mai 2020 – Covid 19 & données personnelles<br>De la défiance à la confiance / Yann Padova » description= »EXPERTISES N°457 – mai 2020-  Covid 19 & données personnelles<br>De la défiance à la confiance / Yann Padova »></div>
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EXPERTISES N°456 - avril 2020 - Pour l’ouverture<br>des données privées / Laurent Lafaye » title= »EXPERTISES N°456 – avril 2020 – Pour l’ouverture<br>des données privées / Laurent Lafaye » description= »EXPERTISES N°456 – avril 2020-  Pour l’ouverture<br>des données privées / Laurent Lafaye »></div>
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EXPERTISES N°455 - mars 2020 - Profilage :<br> pratiques & parades / Cédric Lauradoux » title= »EXPERTISES N°455 – mars 2020 – Profilage :<br> pratiques & parades / Cédric Lauradoux » description= »EXPERTISES N°455 – mars 2020-  Profilage :<br> pratiques & parades / Cédric Lauradoux »></div>
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EXPERTISES N°454 - février 2020 - La robustesse de<br>la PI face A l’IA / Franck Macrez » title= »EXPERTISES N°454 – février 2020 – La robustesse de<br>la PI face A l’IA / Franck Macrez » description= »EXPERTISES N°454 – février 2020-  La robustesse de<br>la PI face A l’IA / Franck Macrez »></div>
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EXPERTISES N°453 - janvier 2020 - RGPD : une révolution dans la continuité / Ariane MOLE
N°453 – janvier 2020
EXPERTISES N°452 - décembre 2019 - le droit de<br>la compliance<br>pour réguler l’internet / Marie-Anne Frison-Roche » title= »EXPERTISES N°452 – décembre 2019 – le droit de<br>la compliance<br>pour réguler l’internet / Marie-Anne Frison-Roche » description= »EXPERTISES N°452 – décembre 2019-  le droit de<br>la compliance<br>pour réguler l’internet / Marie-Anne Frison-Roche »></div>
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EXPERTISES N°451 - novembre 2019 - Data brokers :</br>le trou noir</br>des données personnelles / Antoine Dubus » title= »EXPERTISES N°451 – novembre 2019 – Data brokers :</br>le trou noir</br>des données personnelles / Antoine Dubus » description= »EXPERTISES N°451 – novembre 2019-  Data brokers :</br>le trou noir</br>des données personnelles / Antoine Dubus »></div>
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EXPERTISES N°450 - octobre 2019 - Numérique :<br>le défi fiscal / Frédéric Douet » title= »EXPERTISES N°450 – octobre 2019 – Numérique :<br>le défi fiscal / Frédéric Douet » description= »EXPERTISES N°450 – octobre 2019-  Numérique :<br>le défi fiscal / Frédéric Douet »></div>
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EXPERTISES N°449 - septembre 2019 - L'impérialisme<br>juridique / Olivier de Maison Rouge » title= »EXPERTISES N°449 – septembre 2019 – L’impérialisme<br>juridique / Olivier de Maison Rouge » description= »EXPERTISES N°449 – septembre 2019-  L’impérialisme<br>juridique / Olivier de Maison Rouge »></div>
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EXPERTISES N°448 - juillet 2019 - DPO : un métier<br>qui s’installe / Paul Olivier Gibert » title= »EXPERTISES N°448 – juillet 2019 – DPO : un métier<br>qui s’installe / Paul Olivier Gibert » description= »EXPERTISES N°448 – juillet 2019-  DPO : un métier<br>qui s’installe / Paul Olivier Gibert »></div>
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EXPERTISES N°447 - juin 2019 - Le RGPD : du droit sans vision stratégique / Julien Nocetti
N°447 – juin 2019
EXPERTISES N°446 - mai 2019 - IGN : la gratuitE des données en question / Marie Pisan
N°446 – mai 2019
EXPERTISES N°445 - avril 2019 - Nom de domaine un actif et des risques / Nathalie Dreyfus
N°445 – avril 2019
EXPERTISES N°444 - mars 2019 - Les logiciels libres, un modèle mature / Benjamin Jean
N°444 – mars 2019
EXPERTISES N°443 - février 2019 - Résister à la gouvernance algorithmique / François Pellegrini
N°443 – février 2019
EXPERTISES N°442 - janvier 2019 - Anticiper sa survie numérique au-delà de sa mort / Mathieu Fontaine
N°442 – janvier 2019
EXPERTISES N°441 - décembre 2018 - Intelligence artificielle et médecine quelle éthique pour demain ? / David Gruson
N°441 – décembre 2018
EXPERTISES N°440 - novembre 2018 - Blockchain AS A SERVICE Démocratisation de la blockchain ? / Marc-Antoine Ledieu
N°440 – novembre 2018
EXPERTISES N°439 - octobre 2018 - Nathalie Nevejans / Nathalie Nevejans
N°439 – octobre 2018
EXPERTISES N°438 - septembre 2018 - Pour la médiation judiciaire en  propriété  intellectuelle / Françoise Barutel Naulleau
N°438 – septembre 2018
EXPERTISES N°437 - juillet 2018 - Science-fiction : quand l’imaginaire devient source de droit / Fabrice Defferrard
N°437 – juillet 2018
EXPERTISES N°436 - juin 2018 - CONTRATS, Accès indirects & coûts cachés : SAP BRISE LA GLACE AVEC Ses utilisateurs / Gianmaria Perancin
N°436 – juin 2018
EXPERTISES N°435 - mai 2018 - L’innovation prédatrice Un nouveau défi pour le droit de la concurrence / Thibault Schrepel
N°435 – mai 2018
EXPERTISES N°434 - avril 2018 - LES données LA NOUVELLE INGENIéRIE  DU POUVOIR / Adrien Basdevant
N°434 – avril 2018
EXPERTISES N°433 - mars 2018 - L’open data de la jurisprudence : Le casse-tête de l’anonymisation / Loïc Cadiet
N°433 – mars 2018
EXPERTISES N°432 - février 2018 - RGPD : vers un futur standard global / Max Schrems
N°432 – février 2018
EXPERTISES N°431 - janvier 2018 - L’angoisse du RGPD la Cnil rassure / Jean Lessi
N°431 – janvier 2018
EXPERTISES des systèmes d’informationavril 2026 – N°522

L'édito du mois

Qui décide ?

Au XIXème siècle, le stratège prussien Carl van Clausewitz dans son traité De la guerre, avait écrit qu’il fallait rejeter sans conditions une « méthode qui fournirait des plans de guerre et de campagne fixes et comme sortant tout prêts d’une machine ». Aujourd’hui, « cette méthode » est au cœur de la guerre moderne qui sévit en Ukraine ou en Iran. Dans ce contexte de guerre algorithmique, l’humain détient-il encore le pouvoir réel de décision ?
Le processus qui aboutit à la décision de lancer un missile nécessite du temps. Cela suppose de localiser la cible, d’évaluer son importance, d’identifier son environnement pour éviter les dommages collatéraux, de déterminer le type d’arme pour aboutir à l’ordre de frapper. Les systèmes d’IA générative permettent de réduire considérablement le délai entre la collecte de données, leur analyse, la décision et l’action et ainsi de multiplier les cibles. L’IA change ainsi radicalement le rythme de la guerre. Comme l’indique Laure de Toucy-Rochegonde, directrice du Centre géopolitique des technologies de l’IFRI, dans une tribune publiée dans Le Monde, « la phase de vérification humaine des cibles se révèle extrêmement courte, parfois de l’ordre d’une vingtaine de secondes. Une telle pression temporelle incite à seulement entériner les propositions de la machine ».
Selon le droit de la guerre, plus précisément le droit international humanitaire (DIH), l’humain doit rester au cœur de toute décision. Or, dans le contexte d’une recommandation de l’IA, cette validation s’apparente à un simple droit de veto. Pourtant, ces systèmes d’IA sont des boîtes noires qui ne permettent pas de savoir ce qui a déterminé leur position. Par ailleurs, les militaires comme tout être humain sont sujets au biais de confirmation qui incite à accorder une confiance à la recommandation algorithmique.
La délégation de la décision reste cependant problématique dans un contexte aussi incertain qu’un théâtre de guerre. De façon générale, les LLM apprennent à partir de données passées, repèrent des corrélations, calculent des probabilités. Si leur puissance est incomparable, ils sont démunis face à l’imprévu puisqu’ils se basent sur des données anciennes. Le bombardement « par erreur » d’une école à Minab dans le sud de l’Iran, près du détroit d’Ormuz, par les Américains le 28 février dernier, qui a fait 168 victimes, pourrait en être une illustration. La faute ne serait pas humaine mais le fait de l’IA qui aurait commis une erreur de cible, hypothèse non confirmée par les autorités américaines, mais fortement probable d’après les experts. L’erreur de ciblage pourrait être due à une mauvaise interprétation des informations spatiales. L’école qui était située à l’origine dans le périmètre militaire avait été déplacée voici dix ans. Cela démontre une fois de plus les faiblesses de l’IA générative en matière de cognition visuelle, leur incapacité à traduire les caractéristiques visuelles détaillées en mots et leur carence en matière de raisonnement temporel fondé sur des renseignements quand les anciennes informations sont surreprésentées sur l’ensemble de données d’entraînement de l’IA.
La question de l’imputabilité des fautes commises se pose : qui doit être tenu responsable ? Les concepteurs des LLM, les opérateurs ou les supérieurs hiérarchiques. ? Certes, le recours aux LLM pose un problème technique du fait de leur manque de fiabilité. Mais une décision militaire ne se réduit pas à un calcul d’efficacité. C’est un acte de souveraineté qui engage la responsabilité d’un État. Le débat ne porte pas sur l’utilisation de l’IA, mais sur la garantie d’un jugement humain significatif des décisions de ciblage et pas seulement d’une supervision humaine. Dans ces conditions, faut-il créer des instruments juridiques spécifiques pour encadrer le recours à l’IA et aux systèmes autonomes, ou se contenter d’appliquer les règles existantes ?
« Il y a deux manières de combattre, l’une avec les lois, l’autre avec la force. La première est propre aux hommes, l’autre nous est commune avec les bêtes », écrivait Nicolas Machiavel dans Le Prince, publié en 1532. Une réflexion qui résonne particulièrement aujourd’hui où le droit international est ignoré. Dans ces conditions, appeler à encadrer ces nouvelles pratiques apparaît peu audible.

Le focus du mois

Consommation

L’Europe s’attaque aux black patterns

L’Union européenne prépare le futur règlement sur l’équité numérique le Digital Fairness Act (DFA), un nouveau texte destiné à remédier aux carences du cadre réglementaire actuel qui a du mal à faire face au développement de pratiques numériques manipulatoires et addictives.

Avec le projet du futur règlement sur l’équité numérique (Digital Fairness Act ou DFA), la Commission européenne tire les leçons de l’échec relatif de la réglementation actuelle sur le droit de la consommation qui repose sur le modèle « informer et consentir » (notice and consent) et la croyance en la rationalité du consommateur dans ses prises de décision. Elle s’oriente désormais vers une régulation fondée sur le « Fairness by Design » (l’équité dès la conception) dans laquelle il reviendrait à l’entreprise de garantir que l’architecture de ses choix respecte l’autonomie de l’individu et non à l’utilisateur de se protéger contre les manipulations. La proposition de texte, en cours d’élaboration, devrait être présentée à la fin de l’année.

Le 19 novembre dernier, la Commission européenne a adopté son Agenda 2030 qui fixe un cadre stratégique pour la politique de l’UE en matière de protection des consommateurs notamment contre les pratiques commerciales potentiellement abusives qui se multiplient.

Sont dans le collimateur de la Commission les pratiques BtoC dont le modèle économique repose sur l’asymétrie d’information et la manipulation comportementale, incluant la création de contenus addictifs, les dark patterns, la personnalisation abusive et le marketing d’influence. Selon l’étude comportementale de la Commission publiée en octobre 2024, ces méthodes abusives coûteraient aux consommateurs européens au moins 7,9 milliards d’euros par an. Elles sont de plus en plus pratiquées par des entreprises de toutes tailles et pas seulement par les grandes plateformes. D’après une enquête de clients mystères, 97 % des sites web et applications les plus populaires auprès des consommateurs européens ont recours à au moins une pratique trompeuse ; les plus répandues étant la dissimulation d’informations ou la fausse hiérarchie, la présélection, le harcèlement, la difficulté à annuler un achat et l’inscription forcée.

L’Union européenne dispose pourtant d’un cadre juridique protecteur avec trois directives : la directive sur les pratiques commerciales déloyales, la directive relative aux droits des consommateurs et la directive concernant les clauses abusives, sans oublier le DSA, le DMA, le RGPD, etc. Force est de constater que l’objectif de garantir aux consommateurs un niveau élevé de protection et un meilleur fonctionnement du marché intérieur n’est pas complètement atteint. L’étude de 2024 montre que la protection des consommateurs au sein de l’UE est compromise par une application insuffisante du droit, une insécurité juridique, un risque croissant de fragmentation réglementaire entre les approches nationales des États membres et le manque d’incitations pour les professionnels à viser le plus haut niveau de protection des consommateurs.
Le projet de la Commission ne consiste cependant pas en un « DSA bis » ni à ajouter une nouvelle couche réglementaire, mais à combler les lacunes clairement identifiées en instaurant un instrument horizontal, centré sur l’expérience du consommateur, l’équité de l’interface et la possibilité d’exercer concrètement ses droits qui s’imposeront à toutes les entreprises et pas seulement aux très grandes plateformes en ligne (Vlop). Il s’agit de passer du modèle basé sur l’obligation d’information à celui de l’exercice concret des droits. L’information ne suffit plus lorsqu’elle intervient au moment où la décision est déjà influencée par des mécanismes d’urgence, de rareté artificielle, de comparaison biaisée ou de friction sélective. Un droit qui ne modifie pas l’interface ne modifie pas le pouvoir, constate la Commission.

Pour cette nouvelle orientation, la Commission opterait pour un règlement afin d’assurer une application uniforme de ces règles. Il reste désormais à connaître l’approche qui va être proposée : interdire certaines pratiques inéquitables ou imposer des obligations de démonstration, de transparence et d’évaluation, permettant ainsi la persistance de certaines pratiques sous certaines conditions ? L’interdiction apporte de la clarté mais nécessite une définition précise des manquements pour éviter tout contournement. Quant à l’obligation conditionnelle, elle est plus souple mais offre des zones grises à des acteurs peu scrupuleux.
La protection des mineurs constitue par ailleurs un enjeu majeur auquel le Conseil prête une attention particulière. Le texte devra aussi prendre en compte l’essor des agents virtuels qui vont transformer en profondeur le commerce électronique. S’agissant du respect des nouvelles règles, le Conseil s’est d’ores et déjà exprimé sur la nécessité d’une centralisation des pouvoirs d’enquête et de répression au niveau européen dans certains cas. Il part en effet du constat que les infractions sont transfrontalières, les pratiques sont industrialisées et que la fragmentation des capacités nationales facilite une certaine impunité, en particulier celle des grandes plateformes.

Entre juillet et octobre derniers, la Commission ava it organisé une consultation publique qui avait recueilli 3 341 réponses. 72 % des répondants se sont prononcés en faveur de l’adoption de nouvelles règles européennes contraignantes contre ces pratiques et autres « dark patterns » qui servent à orienter voire manipuler le comportement des utilisateurs. Sans surprise, les acteurs dominants invoquent, quant à eux, la saturation réglementaire affirmant que les textes sont suffisants, les coûts de mise en conformité, les risques de fragmentation et les freins à l’innovation.

Comme nous l’a expliqué Dorian Beauchêne (voir interview n° 521, p.11), l’économie comportementale a permis de mesurer l’impact des stratégies commerciales basées sur les biais cognitifs pour influencer les décisions des consommateurs, relativisant ainsi le dogme du consentement. La Commission en a tiré les leçons. Reste désormais à traduire juridiquement ce changement de cap. Un défi de taille pour Bruxelles qui doit proposer des mesures à même d’établir une équité numérique robuste, opérationnelle, appliquée et contrôlée par des capacités d’enquête, de coopération et de sanction. Un projet soutenu par le Conseil et le Parlement européens mais qui fait déjà l’objet d’un intense lobbying des acteurs de l’économie numérique.

par Sylvie Rozenfeld

L'invité du mois

Interview / Denis Berthault

par Sylvie Rozenfeld

La fin de l’open data heureux

Les données sont des biens numériques stratégiques qu'elles soient publiques ou privées, selon Denis Berthault. Elles ne doivent donc pas circuler n’importe comment car c'est une question de souveraineté numérique. Or, il n'y aura pas de souveraineté numérique sans souveraineté sur les données. Le contexte géopolitique actuel nous oblige, selon lui, à revoir, tant au niveau européen que français, la politique de circulation des données publiques. En conséquence, il estime qu’il faut repenser de façon stratégique la diffusion des données publiques et définir une politique basée sur leur sensibilité.

Sylvie Rozenfeld : Vous avez toujours travaillé dans le monde de la donnée publique, tant comme concessionnaire de service public (Legifrance) que comme réutilisateur de données juridiques et vous défendez, entre autres, l’importance économique de la donnée en tant que vice-président du gf2i. La data, « c’est mon dada » écrivez-vous sur votre compte LinkedIn. Vous aviez été interviewé en mai 2015 (Exp. n°402), juste avant l’adoption de la loi Lemaire, soit aux prémices de la libération des données publiques. Dix ans plus tard, la France se classe en première position du classement de l’Open Data Maturity Index de la Commission européenne, pour la cinquième année consécutive. C’est l’occasion de faire le bilan de l’open data. L’obligation de mise à disposition gratuite de leurs données par les personnes publiques est loin d’être totalement respectée, surtout par les collectivités territoriales. Ne pensez-vous pas que cette pôle position de l’open data français est en trompe-l’œil ?

Denis Berthault : Il faut distinguer le nombre et la qualité. Il est certain qu’en nombre, nous sommes en tête et je crois qu’en qualité, sur certains domaines, nous le sommes aussi car nous avons de grands fournisseurs publics de données au niveau national qui couvrent l’ensemble du territoire tels que l’INPI, l’Insee, la Dila, l’IGN ou Météo France. Ce qui n’est pas forcément le cas dans d’autres pays de l’Union européenne, vu leur organisation administrative et le pouvoir des régions. En France, il y a aussi de nombreuses initiatives des régions, des départements ou de grandes villes. Mais outre qu’elles ne concernent qu’environ 30% des collectivités locales (1), qu’on n’en trouve qu’environ la moitié sur data.gouv, elles ont pour principale faiblesse l’absence de formats communs par type de données. Aussi, ces données n’étant pas interopérables, on ne peut pas les consolider au niveau national. J’en profite pour regretter l’absence d’initiative des ministères et des administrations centrales pour concevoir et recommander des normes ou des formats aux acteurs locaux.
Mais, pour répondre à votre question, nous pouvons être fiers de tout ce qui a été accompli sans dissimuler qu’il reste beaucoup à faire pour accélérer le partage et la circulation des données dans le contexte numérique posé par l’explosion de l’IA.

Au moment de l’élaboration de la loi, n’a-t-on pas sous-estimé les difficultés techniques, organisationnelles, humaines, en imposant une ouverture totale ?
Oui, sans aucun doute. D’abord, la loi Lemaire n’avait pas fait l’objet d’une étude d’impact. Puis, on s’est aperçu que les résultats n’étaient pas ceux attendus par le législateur car, malgré des feuilles de routes ministérielles, une bonne volonté constante des acteurs publics et de nombreuses initiatives nationales ou locales, l’ouverture des données restait, même pour les grandes organisations, source de difficultés structurelles : quelles données ouvrir, quelle organisation mettre en place, avec quels outils, quelles garanties pour le réutilisateur ? Surtout, la loi et les textes d’application partaient, et partent toujours, de deux postulats que, pour ma part, je trouve erronés. D’une part, le grand public s’intéresserait aux données publiques, alors que je crois qu’il se n’y intéresse qu’une fois les données encapsulées dans des produits ou services bâtis par des acteurs publics… ou privés. D’autre part, une même donnée pourrait répondre à la fois aux besoins du grand public et des professionnels. Or, je pense que toutes les données ne se valent pas et qu’en fonction des métiers dans lesquels elle interviennent, et de leur potentiel informationnel et de révélation, il est indispensable de différencier leurs modes de diffusion.

On a donc confié au député Eric Bothorel, la mission de procéder à une étude d’impact a posteriori. Son rapport, qu’il a rendu fin 2020, ne remet pas en cause les postulats de la loi Lemaire (2). Il formule une vingtaine de recommandations qui vont toutes dans le bon sens comme renforcer le pilotage au niveau du premier ministre, renforcer les moyens humains et financiers, créer un label qualitatif, améliorer le partage des données entre acteurs publics, prévoir un accès sécurisé aux données sensibles, sans oublier la nécessité pour les acteurs publics d’accéder à des données issues du secteur privé lorsque celles-ci sont considérées d’intérêt général.

L’ouverture des données publiques a été motivée par une finalité économique et une finalité de transparence politique. Est-ce que l’objectif de la valorisation économique des données publiques a été atteint ? Y a-t-…

Les doctrines du mois

Contract Management & LegalOps

Repenser le pilotage des projets IT

Par Stéphane ASTIER et Florian PERRETIN

L’hybridation de l’approche LegalOps et du Contract Management permet de transformer la fonction juridique en une fonction de direction opérationnelle et d’accompagnement des projets, capable de sécuriser les projets numériques et de contribuer directement à la création de valeur au sein de l’entreprise.

Données personnelles

RGPD : un droit de résilience. L’exemple de l’Iran face aux interventions militaires

Par Etienne Jaboeuf

Les règles européennes de protection des données personnelles lorsque l’objet du traitement, ou le destinataire du transfert, se situe dans un État menaçant de s’effondrer en raison d’un conflit armé, comme l’Iran.

Réseaux sociaux

Interdiction aux moins de 15 ans : entre contraintes juridiques et difficultés pratiques

Par Caroline Lyannaz, Gaëtan Cordier et Louise Mouclier

La proposition de loi adoptée par l’Assemblée nationale qui vise à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux mineurs de moins de quinze ans soulève non seulement des interrogations juridiques mais aussi questionne sur la mise en œuvre technique du texte et son efficacité.

Statut des plateformes

La qualification juridique d’Airbnb à l’épreuve de la sous-location illicite

Par Pierre Ferenbach

La Cour de cassation, par deux arrêts du 7 janvier 2026, écarte la qualification d’hébergeur pour la plateforme Airbnb, jugeant que son rôle actif dans la mise en relation des utilisateurs engage sa responsabilité civile en cas de sous-location illicite.

Intelligence artificielle

Documentation technique et marquage CE : un impératif de transparence et de sécurité

Par Eva Aspe et Garance Mathias

Chaque mois, le cabinet Mathias Avocats décrypte l’actualité juridique de l’intelligence artificielle. Dans ce numéro, il se penche sur les exigences de documentation technique et de marquage CE que doivent remplir les fournisseurs de systèmes d’IA à haut risque.

Intelligence artificielle

L’exploitation des contenus culturels par l’IA, une nouvelle présomption à la française

Par Marie BONNERIC

La proposition de loi présentée au Sénat le 12 décembre 2025 a pour ambition d’insérer dans le code de la propriété intellectuelle une présomption d’exploitation des contenus culturels par les fournisseurs d’IA. Le législateur souhaite, ce faisant, sauvegarder le « socle de l’exception culturelle française ».

RGPD

Démarcheurs : « Vous n’êtes pas les bienvenus ! »

Par Alexandre FIEVEE

Comme chaque mois, Alexandre Fievée sélectionne une décision sur la protection des données personnelles rendue par une autorité de contrôle ou une juridiction étrangère. Ce mois-ci, il se penche sur la question de savoir si la mention selon laquelle une personne manifeste sa volonté de ne pas être contactée fait obstacle à toute forme de sollicitation par un professionnel.

Contrat

Première décision sur le lieu de conclusion d’un contrat signé électroniquement

Par Isabelle Renard

La Cour d’Appel de Pau vient de rendre une décision inédite sur le lieu de conclusion d’un contrat signé électroniquement, prenant à rebours la disposition de droit commun en matière de contrats conclu à distance et ouvrant un intéressant débat sur la nécessité du fameux « signé à…. » qui clôturait traditionnellement les contrats.

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