L’Edito d’EXPERTISES

DEMONSTRATION DE FORCE

Le 18 janvier constitue un tournant dans la courte histoire de l’internet. Ce mercredi-là, Wikipedia anglophone était en berne, Google affichait sur sa page d’accueil un lien invitant les internautes à contacter les membres du Congrès pour les appeler à ne pas censurer le web et près de 75 000 sites (dont eBay, Facebook, Foursquare, Twitter, Yahoo, etc.) participait, chacun à leur façon, à ce mouvement de protestation contre un projet de législation jugé liberticide. Le 20 janvier, le Sénat annonçait le report du vote de la loi Pipa (Protect Intellectual Property Act), et la Chambre des représentants mettait en sommeil le projet Sopa (Stop Online Piracy Act), proposition quasi jumelle de la Pipa. Ce n’est évidemment pas la lutte contre la contrefaçon qui est critiquée. L’action contre MegaUpload n’a absolument pas été remise en cause par le secteur du net. Ce sont les moyens choisis qui sont jugés disproportionnés et constitutifs d’une menace pour la sacro-sainte liberté d’expression. Le projet de loi prévoit en effet la suspension des revenus publicitaires et des transactions en provenance de service de paiement tel que Paypal issus de sites promouvant la contrefaçon, l’interruption du référencement sur les moteurs de recherche, le blocage de l’accès au site, etc. Certes le black-out de l’internet anglo-saxon n’était pas au rendez-vous. Et les sites les plus importants de la « net-coalition » n’ont pas remplacé leur page d’accueil par un écran noir. Business avant tout. Google n’a pas fait le sacrifice d’une journée de revenus publicitaires et n’a pas pris le risque de voir les internautes utiliser un autre moteur de recherche. Néanmoins le lien placé en page d’accueil invitant les internautes à se manifester auprès des élus a sans doute participé au retrait du texte. Le responsable des affaires publiques de Google a indiqué qu’à 21h19, plus de 4,5 millions d’internautes avaient signé la pétition en ligne et que la page dédiée avait été vue plus de treize millions de fois. Selon Wikipedia, huit millions d’internautes ont accédé à sa page regroupant les coordonnées des parlementaires à contacter. Et plus de trois millions d’emails ont été envoyés depuis des associations de défense des libertés telles que l’Electronic Frontier Foundation (EFF). Même Barack Obama a exprimé sa préoccupation de voir la lutte contre la contrefaçon « empiéter sur l’accès à un internet ouvert et libre ». Le secteur de l’internet aux Etats-Unis vient de faire la démonstration de sa puissance médiatique et de sa capacité à infléchir la détermination du Congrès. Mais le projet de loi n’est pas enterré et les ayants droit n’ont pas encore dit leur dernier mot. L’internet français est resté à l’écart de ce mouvement. Mais il pourrait l’inspirer.

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L’INVITÉ du mois de février 2012

Isabelle Falque-Pierrotin
Les données personnelles représentent le pétrôle du numérique

Présidente de la Cnil depuis septembre 2011, Isabelle Falque-Pierrotin nous fait part de sa vision de cette autorité de contrôle et de la protection des données personnelles aujourd’hui. Selon elle, il n’est plus possible de décréter des principes généraux et de les contrôler a posteriori. Il faut repenser et adapter les modes d’intervention de la Cnil et s’appuyer sur les acteurs pour qu’ils intègrent la culture « Informatique et libertés ». Elle évoque par ailleurs ses craintes à l’égard du projet de règlement communautaire qui privilégie l’harmonisation des règles dans l’intérêt des entreprises, mais qui, selon elle, ne doit pas le faire au détriment du maintien d’un haut niveau de protection en Europe.

Au sommaire du n°366 de février 2012

Magazine
- Pratiques anticoncurrentielles : Abus de position dominante d’Oracle ?, par Sylvie Rozenfeld

Interview
- Isabelle Falque-Pierrotin, par Sylvie Rozenfeld

Tribune
- Le droit selon Google, par David Forest

Doctrine
- Propriété industrielle : la guerre des brevets essentiels Apple / Google en France, la question Frand, par Frédéric Bourguet
- Commerce électronique : la directive du 25 octobre 2011, les changements à venir, par Mahasti Razavi et Anne-Laure Falkman
- Internet : vrais faux avis sur le Web, jusqu’où peut-on aller trop loin ?, par Eric Barbry et Amandine Porée
- Cybercriminalité : premier état des lieux officiel, par Myriam Quéméner
- Contrat informatique : échec d’un projet, lorsque le fait du client exonère la responsabilité du prestataire, par Laurent Szuskin et Arnaud David

Jurisprudence
- Jean-Marc D. / JFG Networks, Cour d’appel de Montpellier, 5ème chambre, section A, arrêt du 15 décembre 2011
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ACCÈS RAPIDE aux derniers numéros

Expertises n°366 - février 2012

Interview : Isabelle Falque-Pierrotin, les données personnelles représentent le pétrôle du numérique
Doctrine : Commerce électronique, la directive du 25 octobre 2011 relative aux droits des consommateurs : les changements à venir
Jurisprudence : La guerre des brevets essentiels Apple / Google en France, l’ordonnance de référé du 8 décembre 2011 du TGI Paris, une illustration française et pratique d’enjeux globaux

Sommaire du numéro

Expertises n°365 - janvier 2012

Interview : Marc d’Haultfoeuille, "Penser aujourd’hui différemment les contrats"
Doctrine : Protection des données personnelles, les grandes lignes de la proposition de réglement de l’Union européenne
Jurisprudence : Contrat informatique, IBM / Maif : la cour d’appel de Poitiers infirme la condamnation pour dol d’IBM

Sommaire du numéro

Expertises n°364 - décembre 2011

Interview : Anne Souvira, Chef de la Befti : "Moins de 10% des personnes repartent sans réponse judiciaire"
Doctrine : Cloud computing, Mythes et réalités du Patriot Act
Jurisprudence : Logiciel, La Cour de cassation précise la notion d’interopérabilité

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