2018 sera-t-elle une annus horribilis pour les plateformes ? Depuis un an ou deux, les critiques fusent. Elles sont désormais accusées de favoriser les fake news, d’être utilisées pour influencer des élections, d’affaiblir la démocratie, d’accaparer l’attention des internautes, de parasiter des secteurs économiques, d’ubériser la société, de bêtifier la jeunesse, d’encourager le racisme, de faciliter la propagation du terrorisme, de tuer la presse et de sonner le glas de la vie privée, d’appauvrir les Etats par l’optimisation fiscale, etc.

N’en déplaise aux libertariens, le solutionnisme ne peut pas résoudre tous les problèmes. Le besoin de régulation de ces nouveaux géants se précise. Aux Etats-Unis, les politiques sont de plus en plus méfiants à l’égard des plateformes. En Europe, elles sont jugées coupables de transformer ce territoire en colonie numérique. Le pouvoir politique et technocratique en prend d’ailleurs progressivement conscience. Bruxelles soumet les géants du numérique à une forte pression réglementaire de plus en plus forte. Le prochain projet de texte qui va être dévoilé est du reste exclusivement consacré aux plateformes. Par ailleurs, la Commission a annoncé son intention de taxer les revenus générés par l’industrie du numérique en Europe.

La Commission européenne actionne également le levier du droit de la concurrence pour limiter la puissance arrogante des Gafa et des Natu, également appelés Big Tech, en référence aux Big Oil. Pour la juriste Lina Kahn qui a publié un article sur le paradoxe antitrust d’Amazon dans la Yale Law Revue, le droit de la concurrence n’est cependant pas outillé pour combattre des géants tels qu’Amazon. Il faudrait adapter le droit de la concurrence pour appréhender le marché de la data, estime Adrien Basdevant (voir l’interview p. 134). La notion de marché pertinent ne permet pas vraiment d’appréhender les situations de monopole ou d’oligopole des géants technologiques. Certaines plateformes comme Facebook sont incontournables, en l’absence d’alternative. Seraient-elles devenues des facilités essentielles ?

La « régulation » peut-elle davantage émaner du public dont les données sont exploitées par les géants de l’internet ? Scandale après scandale, l’image des plateformes se ternit. Mais les internautes ne semblent pas encore (du tout) prêts à s’en détourner. Pour preuve, l’affaire Cambridge Analytica n’a pas provoqué d’hémorragie de membres chez Facebook, malgré le hastag #deletefacebook. Les plateformes nous sont devenues indispensables. Les entreprises sont de plus en plus dépendantes de leurs services hyperconcurrentiels. Les individus ne peuvent plus se passer de leur commodité. Mais l’histoire nous a appris qu’aucune situation n’est immuable et que tout évolue. Mêmes les plateformes.