Si même les avocats ne lisent pas les conditions générales d’utilisation des réseaux sociaux, qui va le faire ! C’est pourtant marqué noir sur blanc. « Il est interdit d’utiliser les services de Twitter d’une manière qui vise à amplifier ou à supprimer artificiellement des informations, ou d’adopter un comportement qui manipule ou perturbe l’expérience des utilisateurs », peut-on lire dans la « Politique en matière de manipulation de la plateforme et de spam » de Twitter qui figure parmi ses directives et politiques générales. Faute de ne pas avoir respecté les conditions de Twitter, le compte du Syndicat national des avocats (Snaf) a été suspendu, sans sommation ni explication. Censure ? Atteinte à la liberté d’expression ? Modération brutale, plus probablement.

Dans le cadre de la contestation de la réforme des retraites, le Snaf a posté le 15 février dernier un tweet identique à une centaine de députés LREM avec le message suivant : « M. Le député [identifiant Twitter du député] allez vous voter la #ReformeRetraites qui n’a rien d’universelle et va asphyxier les avocats notamment cx travaillant à l’AJ et dc empêcher l’accès au droit des classes populaires ? » @CNBarreaux @Conf_Batonniers
@pietraszewski_l @NBelloubet. Suite à cet envoi en nombre, le compte @Syndicatavocats du Snaf a été désactivé. Il a été réactivé le lendemain. Et ce n’est que tardivement que Twitter a motivé sa décision par « la publication de manière répétée de tweets identiques ». Cet incident a choqué la profession. Sa représentante, Christiane Féral-Schuhl, présidente
du Conseil national des barreaux, l’a qualifié d’« acte grave ». Et la présidente du Snaf a, de son côté, appelé Twitter à modifier ses règles « qui sont particulièrement floues ». Pour le cas d’espèce, la règle était assez claire.

Twitter se moque des avocats, de la réforme des retraites ou de la politique. Twitter a la difficile tâche de réguler les milliards de messages postés sur sa plateforme. Pour ce faire, les réseaux sociaux s’appuient sur des algorithmes aveugles et une armée de modérateurs humains mal payés. Dans ces conditions, pas facile d’atteindre le juste équilibre entre trop ou pas assez de modération, entre liberté d’expression, blocage des contenus illicites, lutte contre le harcèlement ou respect de la vie privée. Il revient normalement aux juges de trancher. Mais soyons sérieux, personne ne pense que les tribunaux soient en capacité de le faire. Et personne n’a de solutions efficaces à proposer. Alors on laisse les réseaux sociaux s’en charger, quitte à rectifier a posteriori.