Gilles Lipovetsky
"Qu’est-ce qui séduit dans les nouveaux objets de consommation-communication (ordinateur, magnétoscope, fax, internet, téléphone mobile, four à micro-ondes) si ce n’est leur capacité à ouvrir de nouveaux espaces d’indépendance personnelle, à alléger les pesanteurs de l’espace-temps ? … Quelque chose comme une volonté de puissance ?" Cet "alien" pas forcément sympathique, dont Gilles Lipovetsky nous propose la radiographie dans "Le bonheur paradoxal", nous avons tôt-fait de le reconnaître : il est nous, nous nous reconnaissons en cet homo consumericus, qui ne se contente plus comme naguère d’achats de type familial, semi-publics, mais investit de manière compulsive dans les biens relevant de l’hyperindividualisme. L’hyperconsommateur vit, sans s’en étonner, dans le paradoxe : il vénère le luxe en revendiquant la gratuité, il veut des marques au nom de sa singularité, il s’automutile dans la poursuite du bonheur, confondu avec le bien-être. Tant de contradictions, prédisent-elles la chute de l’empire hypermoderne ? Gilles Lipovetsky ne détecte dans notre quotidien aucun signe avant-coureur d’un tel phénomène. Du moins à court terme. Car nous avons appris que les civilisations sont mortelles, et que des prédateurs mal contenus finissent par détruire leur environnement, Le catastrophisme n’est pas de mise tant que les démocraties continuent à bien résister. Cet optimisme raisonné a besoin, pour se soutenir, d’une nouvelle réflexion sur le concept de culture, ou pour dire autrement, d’un renforcement du lien social.
