Alex Türk

Créée voici un peu plus de 30 ans, la Cnil n’a cessé de parler des "citoyens" ; depuis sa mutation de l’année 2004, elle tente, avec un succès variable, de leur parler. Ces derniers ont peu à peu admis son existence, qu’ils se disent rassurés par sa mission de régulation ou frustrés par ses dérobades d’administration. Il s’est toujours trouvé des leaders d’opinion pour illustrer cette ambivalence. Quoi d’étonnant ? La Cnil présente des enjeux suffisamment lourds, humainement et économiquement, pour que l’évaluation de son action se place dans un contexte forcément politique, celui des choses de la cité. C’est pourquoi chacun a en tête sa Cnil idéale dans l’orbe de sa représentation de la société idéale. Alex Türk, sénateur de droite non inscrit, David Forest, avocat, docteur en sciences politiques et humaines : comment voudrait-on que ces deux personnalités très marquées se rejoignent sur le terrain de la protection des libertés personnelles ? Leur antagonisme ne date pas d’hier : il a été médiatisé voici déjà plusieurs mois lors de la parution d’un article de l’avocat dans le quotidien Libération, à l’occasion de l’anniversaire de la Cnil. La guérilla qui les oppose connaît dans cette interview son acmé (provisoire ?), en l’absence de David Forest, qui a ressenti l’invitation du président à poursuivre rue Vivienne le débat comme une "convocation", la revue Expertises se ressentant, quant à elle, en inconfortable position de "complicité objective" d’offense à l’institution. Cette franche escarmouche ne saurait escamoter l’actualité de la Cnil, la polémique autour du fichier Edvige en l’espèce. Lors de la rencontre avec le président (fin juillet 2008), elle n’avait pas encore pris sa dimension d’affaire d’Etat. Ce qui explique sans doute qu’Alex Türk puisse l’évoquer sur le ton de l’autosatisfaction : à ses yeux, la Commission a obtenu tout ce qui pouvait l’être. D’ailleurs, estime-t-il, les aspects fichiers RG sont d’une grande banalité, à la fois dans le temps (n’a-t-on pas vu les socialistes empêtrés début 1990 dans ces mêmes questions 7) et dans l’espace ; il en va ainsi dans tous les pays du monde. Le Président de la République a finalement opté pour une position plus critique. Mais rendons son dû à César : sans la publication du décret au JO obtenue par la Cnil, l’affaire en serait restée là.